Lundi 19 mai, les députés britanniques ont entamé l’examen d’un projet de loi qui autorise l’utilisation d’embryons hybrides pour la recherche. Issus de l’intégration d’ADN humain dans des ovules d’animaux, ces embryons suscitent la polémique du côté de l’Eglise et de l’opposition.
Pour ceux qui, malgré l’importance croissante prise par les cellules souches dans la recherche médicale (notamment dans les maladies neuro-dégénératives, de type Alzeimer ou Parkinson), aurait loupé la première partie du débat, le concept d’embryons hybrides en est la seconde étape.
Petit rappel sémantique d’abord: En biologie, une cellule souche (ou cellule indifférenciée) est une cellule qui, d’une part peut donner des cellules spécialisées par différenciation cellulaire et, d’autre part, peut virtuellement se renouveler indéfiniment. (source, wikipedia.fr).
En clair, ce type de cellules est considéré comme si prometteur parce qu’il serait suceptible d’engendrer une régénérescence des membres de certains animaux (on pense tous, évidemment, au lézard), ou de réparer certains organes.
Le débat ne portait pas tant sur l’utilité intrasèque de ces cellules souches (qui est unanimement reconnue), mais sur leur procédure d’obtention scientifique.
En effet, la procédure type de développement d’ES (Embryo Stem cells, cellules souches embryonnaires) consiste en l’utilisation d’embryons surnuméraires (ce qui fait le moins débat) ou en une production de ceux ci en laboratoire, puis en un prélèvement de cellules du bouton embryonnaire au stade blastocyste (Le blastocyste, ou blastula, est un stade du développement embryonnaire précoce des Mammifères (de 5 à 7 jours chez l’homme) au cours duquel coexistent les cellules périphériques, appelées cellules du trophectoderme, à l’origine du placenta, et des cellules de la masse interne, qui forment le bouton embryonnaire et donnent naissance à l’embryon proprement dit et à quelques annexes embryonnaires.)
Ce débat, une loi a tenté de le trancher en 2004, il s’agissait de la bien connue (je pense) loi bioéthique de 2004, qui se devait de répondre à plusieurs questions posées par les possibilités offertes par l’avancée de la science en matière de clonage thérapeutique.
Cette loi dispose que :
Le clonage thérapeutique, comme reproductif, est interdit, et ce dernier est même désormais qualifié de crime contre l’espèce humaine.
La recherche sur l’embryon et les cellules embryonnaires est en principe interdite, cependant, des dérogations peuvent être accordées « pour une période limitée à cinq ans, lorsqu’elles sont susceptibles de permettre des progrès thérapeutiques majeurs et à la condition de ne pouvoir être poursuivies par une méthode alternative d’efficacité comparable, en l’état des connaissances scientifiques”. Ne peuvent être concernés que les “embryons conçus in vitro dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation qui ne font plus l’objet d’un projet parental”
Ce sont là les principales dispositions législatives introduites par cette loi, qui doit, en théorie, être révisée par le Parlement dans un délai de cinq ans, mesure indispensable afin de l’adapter au mieux aux évolutions scientifiques et sémiologiques qui n’ont pas manqué d’intervenir dans l’intervalle.
Cependant, souvenons nous que la première loi bioéthique de 1994 a du attendre 10 ans au lieu de 4 pour se voir complétée.
Voilà pour le « background », mais ce qui fait l’actualité, c’est donc ce projet de loi britannique soutenu bec et ongles par le nouveau Prime Minister Gordon Brown, qui y voit la continutation de sa lutte pour la recherche génétique (son fils est atteint de mucoviscidose).
Bref rappel, la encore, concernant les embryons cybrides : Le mot “cybride” provient de la contraction de “cytoplasme” et de “hybride”. La création d’un embryon cybride consiste donc à prendre un ovocyte (cellule précurseur de l’ovule) d’origine animale. Puis à retirer de cet ovocyte le noyau (appelé cytoplasme) et à le remplacer par un noyau d’origine humaine.
Sans surprise l’opposition conservatrice et l’Eglise se sont prononcées avec virulence contre ce texte, bien que celui ci exclu de facto l’implantation in utero de ces embryons.
Valérie Pécresse (ministre de la recherche) s’était, elle aussi, inquiétée du sujet, en confiant sur le sujet une mission d’étude à l’agence de biomédecine.
Pour autant, cette pratique est elle si condamnable ?
Contrairement aux projections hallucinatoires et démagogiques d’une partie des opposants au texte, il s’agit pas, pour commencer, de chimères au sens littéral du terme, puisqu’il n’y a pas fusion de deux embryons.
Ensuite, le patrimoine génétique du noyau reste indubitablement et entièrement humain. Seule la machinerie est animale à hauteur de 1% de l’embryon final.
Pour faire simple, un cookie dans une boite à madeleines reste un cookie.
Certains esprits vifs rétorqueront que des miettes de madeleines peuvent venir se mélanger au fond de la boite. C’est justement là tout le sens que devrait prendre le débat, sur l’encadrement de la pratique, afin de ne pas gacher le goût cacaoté de ces cookies génétiques.
Cependant, cet ADN animal est cantonné dans la machinerie cellulaire, en aucun cas dans et le noyau, et donc dans les chromosomes de l’embryon
Cet encadrement est strict, voire même extrement sévère : pas d’implantation (animales ou humaines) et destruction après 14 jours.
Les avancées médicales sous jacentes sont, elles, immenses : le problème de la pénurie d’ovocytes se trouvant résolu, les scientifiques pourront étudier à loisir l’évolution des maladies dans des embryons porteurs de maladies génétiques spécifiques, et ainsi accroitre les chances de traitement.
Selon vous, ce type d’expérience doit il être protégé afin de favoriser la recherche?
Est-il plus choquant d’utiliser 1% d’ADN animal cantonné dans la machinerie cellulaire et non pas dans les chromosomes de l’embryon que d’utiliser des pancréas de porcs pour purifier l’l'insuline protamine-zinc comme c’était le cas dans les années 30 ?
Le travail sur les cellules souches relance t il le débat sur le vivant, et, de facto, sur les dates légales d’interruption volontaire de grossesse ?